mercredi 28 juin 2017

Le temps où je n’essayais pas d’être efficace

Il fût un temps où l’efficacité n’était pas mon but. C’était plutôt la satisfaction. Ce sentiment vivifiant à la fin d’une journée, l’impression d’avoir fait beaucoup de choses et d’avoir encore beaucoup de choses excitantes à faire le lendemain. Cette excitation positive qui pouvait éventuellement me tenir éveillée la nuit, mais me faisait toujours me lever du bon pied le lendemain matin et à la première sonnerie du réveil. 


A présent les choses sont différentes. Je ne sais pas à partir de quand ça l’a été. A partir de quand cette excitation s’est transformée en crainte, celle de ne pas se réveiller, celle de passer une mauvaise journée, celle de ne pas venir à bout de mes projets. La liste des choses que je commence mais ne termine jamais s’allonge inexorablement. Ces projets de lecture ou d’écriture. Ces projets de révision, même. 

Je ne sais pas à partir de quand mes soirées se sont vues accentuées par un regard vers le ciel et un soupir prononcé. Encore une journée où je n’ai rien fait de ce que je voulais. Encore une journée à tout reporter à la suivante et à en souffrir. 

J’ai l’impression de passer mon temps à tout préparer, à sortir tous les ingrédients pour une recette que je sais excellente, que je connaissais par cœur. Pour finalement ne rien en faire, ne pas avoir la force de les assembler dans ce grand saladier vide que je regarde d’un œil triste et fatigué. 

J’ai l’impression de passer mon temps à chercher des excuses, également. Ah tiens, la raison pour laquelle je n’ai pas fait ça ce lundi là c’est parce que j’avais ça la veille, ça m’a fatiguée, vois-tu, alors du coup j’ai préféré me reposer. Et puis ensuite finalement j’avais envie de voir ce film là à la place de faire cette autre chose, même si bon, ça faisait déjà quelques jours que je devais le faire et que le film aurait pu attendre, et d’ailleurs ça m’a lancée sur un binge watching de tous les autres films du même genre, alors je n’avais finalement plus le temps. 

Quelque part je passe un cap en écrivant cet article, parce que la reprise du blog est l’un de mes projets, mais je n’arrivais pas, avant aujourd’hui, à simplement écrire. 

J’étais bloquée parce que j’essayais de trouver un sujet léger et vivant à aborder, un truc qui se lit facilement, qui s’écrit facilement, qui me donnerait cette impression de satisfaction que j’attends depuis longtemps et que j’avais, un jour, déjà ressenti, notamment aux périodes productives du blog. 

Mais rien ne me venait, simplement parce que ce n’est pas l’esprit du moment et que j’ai du mal à passer outre le fait que mon esprit ne soit ni léger ni très vivant en ce moment. J’ai du mal à me forcer à faire quelque chose qui, au final, n’est pas vraiment vrai pour moi. 

Cette inspiration soudaine, elle m’est venue en tombant sur les réactions qui ont fait suite aux fameux articles sur le Miracle Morning. Si cela ne vous dit rien, et pour l’expliquer rapidement, je dirais que c’est la tendance du moment qui consiste à se focaliser (de manière maladive, mais ce n’est pas présenté ainsi) à la productivité de ses journées, notamment au travail. 

Grosso modo, on se lève plus tôt en pensant travail, on prend un petit-déjeuner optimisé pour le travail, on check ses mails et on prend de l’avance avant d’aller au travail, on grignote du temps de travail sur notre temps de repas, on se couche plus tard en pensant travail. 

Enfin bref, on vit pour sa boîte, son travail, et on se pare d’un sourire faux en disant à qui veut l’entendre qu’on a trouvé la méthode miracle pour booster son efficacité et qu’on est très très en forme. 

C’est quelque chose qui a fait écho en moi simplement parce que c’est la pensée qui me pèse le plus en allant me coucher le soir et en me levant le matin : je devrais réviser davantage, j’aurais pas dû perdre du temps, franchement je fais n’importe quoi. 

Effectivement, mes études sont prenantes et je ne suis pas au top du top. Mais je n’ai pas envie de me fouetter. Je n’ai pas envie de me faire violence. Le travail ne vient pas naturellement, mais il ne s’impose pas non plus, et il ne doit pas occuper tout l’espace ni tout l’esprit. 

C’est quelque chose que je dis simplement maintenant mais que j’ai énormément de mal à intégrer. Mais le fait que je vis mal cette situation, cette culpabilisation perpétuelle, est bien la preuve que cette idée me fait du mal. 

Il y a un rythme à trouver et à respecter. Et mettre la culpabilisation au placard. Et je vais essayer de trouver ma voie là dedans.