jeudi 6 avril 2017

De l'éducation des petites filles

Etant féministe et dans le domaine de la santé, je ne pouvais pas ne pas réagir à la polémique actuelle concernant le petit livre d'anatomie de Michel Cymès Quand ça va, quand ça va pas ; polémique qui concerne une inégalité d'information donnée aux jeunes enfants concernant leur anatomie sexuelle.

Ce qui n'est, à mon sens, pas acceptable. 

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Alors, bien sûr, les justifications ont été multiples :

- "Il est hors de question d'hypersexualiser les enfants, il faut les préserver" (??)

- "L'organe sexuel masculin est extérieur, c'est normal qu'on en parle plus que pour la fille" (???)

- "Une petite fille de 5 ans a pas besoin de savoir ce genre de choses c'est pas de son âge" (????)

Il y a une réelle différence de traitement entre les deux sexes concernant leur anatomie sexuelle, à savoir que le petit garçon est présenté habillé, mais visiblement en érection, et tout heureux (car oui, ça fait référence à la notion de plaisir). Il est expressément expliqué aux petits garçons que leur zizi a un nom, c'est le pénis, qu'ils ont un prépuce, des testicules, un scrotum ; il leur est expliqué la notion de décalotter et les problèmes chirurgicaux qui peuvent en découler, le phimosis en clair, les balanites (infection des glandes au pourtour du gland), les épi ou hypospadias (position ectopique de l’orifice urinaire sur le gland) etc.

De l’autre côté, on a une petite fille présentée sur les toilettes en train de faire pipi (car son sexe ne sert visiblement qu’à ça), l’anatomie se résume à l’anatomie de ses voies urinaires (donc son sexe ne comporte qu’un trou, l’orifice urinaire, rien d’autre) elle n’a ni gonades, ni lèvres, ni clitoris, ni vagin, ni utérus, son sexe n’est même pas nommé puisqu’il est écrit qu’on peut le surnommer comme on veut entre cocotte, zezette ou fefesse, mais il n’est fait nulle part mention de vulve. Et enfin, les seuls problèmes de santé présentés sont les infections urinaires de la petite fille, quand son pipi brûle parce qu’elle ne s’essuie pas bien !

Alors plusieurs choses sont à préciser. Je suis consciente qu’il est délicat de parler de sexualité à de jeunes enfants, on ne sait jamais vraiment à partir de quel âge il est « sain » de commencer à les informer ou même jusqu’où cette information devrait aller selon l’âge. Mais là il n’est pas question de sexualité à proprement dit, il est question d’anatomie ! Partant de là :

En quoi faisons nous de l’hypersexualisation des enfants en leur expliquant simplement comment s’appellent les différentes parties de leur corps ?

Et puis même, si cela était réellement le problème, pourquoi une telle inégalité d’information entre les deux sexes, et omettre totalement les organes génitaux externes féminins, jusqu’à ne même pas mentionner les NOMS ? La zezette c’est la VULVE, point barre, on s’en fiche pas mal qu’on puisse lui donner d’autres noms, elle en a un officiel !

Avez-vous déjà vu une vulve ? Parce que, je ne veux pas remettre vos qualités d’anatomiste en doute, mais comment dire, une vulve ce n’est PAS tout lisse, très cher ! Il y a des reliefs, il y a des choses qui dépassent, et, aux dernières nouvelles, le clitoris et les lèvres ne sont PAS internes. Alors pourquoi ne pas en parler ?

Un garçon a donc besoin de savoir comment se nomme l’intégralité de son anatomie et d’avoir un aperçu visuel de ce dont il est capable (érection), tandis qu’une petite fille devrait se contenter de simplement aller faire pipi et bien s’essuyer ? Sérieusement ?

Savez-vous ce qui peut résulter de ce genre d’omission volontaire ? Le fait de ne pas se reconnaître dans ce qui semble être jugé implicitement comme normal, même à cet âge. C’est donc pas normal d’avoir des choses qui dépassent chez les petites filles ? C’est ainsi qu’elles le comprendront. Sans oublier que même s’il ne s’agit pas d’un manuel scolaire et donc qu’on n’est pas obligés de l’acheter comme vous dites (sérieux, ne l’achetez pas, à quoi vous servirait-il s’il est même susceptible d’être nocif pour vos enfants) il est susceptible de participer activement à la mésinformation des enfants.

Parce que comment vous dire. Même aujourd’hui, avec internet et tout le tralala, on n’entend parler du clitoris (exemple pris au hasard dans l’anatomie féminine) que très tardivement, que ce soit chez les garçons ou chez les filles. Même chez les filles. Il y a un réel tabou toujours présent en ce qui concerne le désir féminin. Et il commence visiblement très tôt (comme dans votre bouquin).

Et c’est quoi cette histoire de préserver les petites filles ? Les préserver de quoi ? De leur propre corps ? Vous voulez les mettre au couvent aussi ? Les qualifier d’hystériques pour avoir connu le plaisir sexuel trop tôt ou pour même le connaître tout court ? Les interner à l’asile ? Car le propre de la femme c’est d’être des êtres doux et dociles qui se laissent faire et non pas des êtres actifs pouvant possiblement s’adonner à la masturbation quelques années plus tard, comme les garçons ?

Je vais trop loin ? Nan c’était ainsi que les choses fonctionnaient il n’y a pas si longtemps. Et personnellement, je n’ai pas trop envie que les choses retournent à ce stade là. Parce que moi aussi j’ai connu les questionnements, la honte, la peur de ne pas être normale, parce que tout ce qu’on voit dès notre plus jeune âge c’est qu’une fille, ça n’a pas de poils, c’est tout lisse tout beau, ça a des règles bleues et c’est surtout déjà considéré comme un trou et des seins par les garçons du même âge.

Alors non, pour moi, à 5 ans, t’as le droit de savoir que le corps de la fille n’est pas un corps où il « manque » quelque chose, mais qu’il est le miroir de celui des garçons : on n’a pas des testicules, on a des ovaires qui sont bien au chaud à l’intérieur, de part et d’autre de notre utérus qui sert à éventuellement accueillir un bébé dans le ventre. On n’a pas de zizi mais on a un clitoris qui fait des guilis (eh oui le plaisir n’existe pas que du côté des garçons), accompagné d’un vagin qui mène à l’utérus. On n’a pas de scrotum mais on a des grandes lèvres, et puis des petites lèvres. Et tout ce beau monde forme la vulve et l’appareil génital féminin.

Et puis il y a parfois des enfants qui sont entre les deux. C’est quand même plus simple de parler des intersexes quand on a parlé des deux extrêmes, non ? C’est plus clair, plus instinctif. On comprend que le garçon et la fille ne sont pas des opposés mais dans une espèce de continuité. On comprend mieux qu’un garçon puisse naître fille ou l’inverse, ou qu’il puisse y avoir des particularités anatomiques intermédiaires.

Enfin j’sais pas y a mille façons de faire un bon livre sur la question, et vous vous contentez de « ça », un bouquin incomplet, sexiste, possiblement traumatisant par l’exclusion de ce qui existe.

N’importe quoi.

1 commentaire:

  1. Je te conseille La domination masculine de Bourdieu et les travaux de Virginia Woolf ainsi que ceux de Elsa Dorlin

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