jeudi 23 janvier 2014

Le suicide de ma plus vieille amie

Aujourd'hui, on est le 25 janvier. Je n'ai pas pu l'écrire plus tôt bien que je pensais à l'idée de cet article il y a déjà plus d'un mois. Je voulais parler du 22 janvier d'il y a un peu plus de 6 ans. C'est une époque qui ramène à la surface tellement de souvenirs et de sentiments quand j'y repense... c'est dingue. J'ai l'impression que jamais ma vie n'a été plus profonde et profondément marquée que pendant ces quelques années où j'étais encore collégienne. Comme si toute mon essence s'était évaporée dans les années qui ont suivi. Comme si je n'étais plus cette petite fille que j'arrive encore à tellement envier. 

Quand je me décris aujourd'hui, il y a du bon comme du mauvais. Quand je reviens à la lycéenne que j'étais, il y a beaucoup plus de mauvais que de bon qui me vient à l'esprit. Et enfin, quand j'en viens au stade collégien, il n'y a pratiquement plus que du bon qui remonte. Pourquoi ? Parce que je trouve que, malgré mon jeune âge et la situation dans laquelle nous vivions à cette époque, moi et ma famille, je trouve que j'avais l'esprit vraiment riche et fertile. Que l'envie ne me manquait pas, que tout m'intéressait, que tout était vivant, que tout me faisait rêver. J'étais aussi pure qu'il était possible de l'être pour mon âge. Je voyais le bon même dans ce qui pouvait paraitre comme étant être sale, je voyais les gens même si ma compréhension n'était que superficielle, j'arrivais à voir les choses telles qu'elles étaient sans trop me torturer l'esprit sur le pourquoi du comment. Je rêvais, j'allais à l'école, je riais, j'expérimentais des choses et d'autres. J'écrivais, surtout. Je tenais un journal intime depuis mon entrée au collège et je ne m'en lassais jamais. J'étais pleine de vie et d'ambitions, j'étais pleine d'envie, et ça se ressent quand il m'arrive de me relire. Bien sûr, je me trouve bête et immature, mais parfois, j'étais impressionnée par celle que j'étais déjà à cet âge là, en comparaison de mes plus jeunes soeurs qui sont loin d'avoir la même mentalité. 

Sans vivre des choses folles, j'étais pourtant une petite fille qui ne manquait de rien à proprement parler. Je vivais en toute modestie, et c'est peu dire, parce qu'aujourd'hui quand on voit les jeunes dans la rue, dans le bus, on a l'impression que leurs parents ont tendance à tout leur donner et qu'ils encore le loisir de se plaindre. Moi non, je n'avais rien de spécial à cet âge là. Je n'avais pas d'argent de poche, je n'avais pas le moindre gadget électronique, pas de portable, pas d'ordinateur, pas de quoi jouer virtuellement, et les possibilités de regarder la télé étaient rares puisque les feuilletons de ma mère avaient la priorité sur nos dessins animés favoris, et mon père veillait au grain à ce qu'on ne regarde pas n'importe quoi à la télé. 

C'est pas le genre d'enfance qui courre les rues en ce moment, c'est sûr. Même mes frangins ne l'ont pas vécu de cette manière là. Mais j'ai l'impression que bien qu'on puisse s'en étonner, non, ce n'était absolument pas "injuste" pour moi. D'ailleurs, je ne le voyais pas comme ça. Je m'adonnais à bien plus de choses encore. Pas comme aujourd'hui où j'ai l'impression de ne rien avoir à faire du tout quand les vacances pointent le bout de leur nez après mes partiels. A cet époque là, j'étais pleine de ressources. J'écrivais vraiment beaucoup. En plus d'écrire constamment dans mon journal intime, j'écrivais des lettres à ma meilleure amie. Des lettres pleines de dessins et de jeux en tout genre, des mots pendant les cours ; on n'avait pas de téléphone portable, certes, et alors ? Qui dit que la communication passe essentiellement par ça ? D'ailleurs, quand on y réfléchit bien, les gens les plus épanouis dans leur vie et vivant à 100% leurs passions sont bien plus souvent celles qui ont des accès limités à toute cette technologie qui pourrait se montrer comme étant néfaste à nos pauvres petits cerveaux un tantinet trop influençables. J'écrivais aussi des petites nouvelles. Des histoires d'amour, principalement, dans lesquelles je remodelais nos vies, à moi et mes meilleures amies. J'adorais ça. Et puis plus tard encore, je m'adonnais même à l'écriture de poèmes. Même s'ils étaient d'un style douteux, ils arrivaient quand même à témoigner de l'envie d'être différente que j'avais. Mon envie d'être beaucoup plus profonde que ne laissaient le croire les apparences. J'avais envie de tellement de choses. Et quand je n'étais pas aussi active que ça, j'empruntais des milliers de livres et des milliers de CDs à la médiathèque de mon quartier. J'y allais tellement souvent que j'aurais pu indiquer à qui me l'aurait demandé l'emplacement précis de telle ou telle oeuvre sur l'une des étagères de la bibliothèque. 

Comme je n'avais pas de lecteur CD personnel, je m'enfermais dans la chambre de mes parents, assise sur le rebord du lit face à la coiffeuse de ma mère, et j'écoutais en boucle les chansons d'Avril Lavigne, Green Day ou encore The Offspring, les paroles sous les yeux, jusqu'à me souvenir de la moindre petite note de chaque morceau de musique. 

J'étais comme ça quand j'étais plus jeune. Je trouvais toujours quoi faire, quand ce n'était pas mes devoirs, et je faisais toujours tout à fond, même mes devoirs. Tout était propre et rangé dans ma tête. Tout avait sa place. Tout doit toujours avoir sa place. L'un de mes petits troubles compulsifs. Bien sûr, les choses n'étaient pas toujours heureuses, mais ce ne sont pas les souvenirs malheureux qui me reviennent en premier. C'est plutôt la multitude de projets que j'avais en tête et auxquels je m'adonnais de manière plus ou moins solitaire. Des fois, je me sentais un peu écartée de mes amies, parce que c'était aussi l'époque de la super série One Tree Hill et que je n'avais absolument pas l'occasion de la regarder. Je n'avais d'ailleurs pas vraiment d'intérêt à la regarder, mais c'était simplement pour ne pas être écartée de la conversation de temps à autres. En fait je crois que les choses qui ne m'intéressaient pas ne pouvaient pas s'ancrer dans mon esprit à cet époque là. Donc je ne retenais jamais les jours de diffusion et donc au final, je n'avais jamais regardé cette série. Mais ça ne changeait pas grand chose à ma vie, elle était déjà bien assez riche comme ça. 

Mes premières nuits blanches ? Je les ai passées à lire différentes sagas. J'étais vraiment fan de lecture en tout genre. Des produits jeunesse, majoritairement. Des mangas aussi, mais j'adorais surtout les romans. Et puis parfois, je dessinais. C'est d'ailleurs pour ça que j'avais tellement envie de m'y remettre ces derniers temps. Parce que j'adorais aussi dessiner. Mes premiers vrais dessins, c'était chez ma grand-mère que je les avais faits. Un clown d'après une carte postale. Je l'avais réussi et puis, je m'ennuyais, alors je lui ajouté des dents et des ombres effrayantes, au point qu'il aurait pu être le personnage d'un de ces films d'horreurs sensation (c'était pas d'ailleurs "ça" que ça s'appelait ?). 

Le dessin, c'était une espèce de petite passion que j'avais découverte en primaire. En compagnie de ma meilleure amie de l'époque. En fait, en primaire, je ne sais plus si c'était en CE2 ou en CM1, toujours est-il que j'avais manqué 14 jours de classe à la rentrée. Pourquoi ? Parce que j'étais revenue tard de vacances au bled. Pourquoi ? Parce qu'on avait dû décaler notre vol à l'allée. Pourquoi ? Parce que ma mère s'était fait une fracture de la jambe peu avant qu'on parte. C'est une période qui me fait encore frissonner, le fait d'avoir vu ma mère dans un lit d'hôpital avec une mine si pâle, comme si elle avait quelque chose de grave alors que ce n'était qu'une fracture... Ca m'avait fait pleurer. C'est ma maman, c'est normal. Mais même aujourd'hui, j'en ai encore la gorge qui se noue d'y repenser. 

Bref, j'avais fait ma rentrée 14 jours en retard. J'avais fait ma rentrée 14 jours en retard dans une classe où je ne connaissais pas beaucoup de monde alors même que c'était toujours la même école. Et ça m'avait fait du bien parce que mes fréquentations étaient un peu malsaines dans les classes précédentes. Là, j'étais la nouvelle, alors tout le monde s'intéressait à moi. Et je n'ai eu aucun mal à rejoindre un groupe d'amies. 

Malheureusement, le passé fini toujours par nous rattraper, et alors que j'avais délaissé toutes ces petites filles pourries gâtées qui me faisaient du tort, elles étaient d'elles-mêmes revenues à la charge dans l'optique de ne plus me laisser aucune amie. Je ne sais pas comment ça se faisait, mais leur influence était grande, et j'ai été peut-être un long moment délaissée par celles que j'appelais mes amies au début de l'année. Je ne pense pas que j'en avais parlé à ma mère, parce que cette fille et ses amies m'avaient tellement causé de problèmes les années précédentes que je n'avais vraiment plus envie d'avoir de scandale à l'école. 

J'ai simplement laissé couler. Et puis à un moment, je me suis rendue compte que l'une de mes amies, la plus proche en réalité, ne comptait pas me délaisser aussi facilement. Bien sûr, pour la forme, elle devait ne pas m'adresser la parole en public. Mais elle ne participait pas aux mesquineries des autres filles et, dès que la voie était libre, elle revenait vers moi me parler et jouer avec moi. Cette petite fille, elle s'appelait Samantha. Elle était une fervente adoratrice des animaux, quels qu'ils soient, et son passe temps favori était le dessin. Mais elle était douée pour plein d'autres choses encore, comme le chant à la chorale de l'école où j'étais également inscrite. Bref, Samantha, c'était un peu la fille que j'admirais le plus à cette époque. Déjà, parce que c'était une vraie amie. Elle m'a fait comprendre le sens de l'amitié, la vraie. Et ensuite, parce qu'elle était tellement pleine de vie et de ressource que je ne pouvait jamais m'ennuyer avec elle. C'est peut-être d'elle que venait toute mon inspiration les années qui suivirent. Toujours est-il qu'elle ne me laissait pas tomber au point même qu'elle avait réussi à faire revenir toutes mes autres amies vers moi, ces mêmes amies qui étaient parties sans se retourner du simple fait qu'on leur ait dit de sales mensonges par simple cruauté envers moi. Je ne comprendrai peut-être jamais pourquoi ces filles m'en voulaient autant. Je ne saurai peut-être jamais ce qui les a poussé à ne jamais me laisser tranquille au point de vouloir me voir sans amies alors même que je ne causais de tort à personne. Loin de là. J'étais tellement simplette en primaire que voilà, je ne rendais jamais le mal qu'on me faisait. 

Mes amies avaient fini par dire à ces filles qu'elles disaient n'importe quoi sur moi et que j'étais une fille gentille et que c'était méchant de m'avoir fait tout ça alors que je n'avais jamais rien fait à personne. 

J'étais émue même si je pense que je ne savais pas trop quoi en penser ni même quoi en dire, de tout ça. Alors j'ai peut être tout accepté, comme à mon habitude. J'avais accepté le fait d'être laissée pour mon compte et le fait d'avoir à nouveau un semblant de popularité. Je n'avais cherché ni l'un ni l'autre. Je l'acceptais quand ça venait. 

Samantha avait un peu sauvé mon enfance. 

Samantha était très appréciée, et très gentille. Elle influençait davantage que les méchantes filles qui me voulaient du mal. Elle avait des amies même dans les autres écoles. Et puis au collège, j'avais appris que ma meilleure amie (actuelle), celle que je considère presque comme ma soeur, avait également eu Samantha comme meilleure amie quand elle était plus jeune, simplement parce qu'elles jouaient dans le même parc quand elles étaient petites. 

Bref, on était toutes un peu le même type de petites filles. On était toutes inspirées par les mêmes choses, pleines de gentillesses envers autrui, pleines de ressource, pleines d'envie. Qui aurait cru que les choses auraient tourné aussi différemment pour chacune d'entre nous. Et aussi tragiquement pour l'une d'entre nous. 

Le collège, c'était la période de transition. C'était là où j'avais le plus murit, où j'avais le plus évolué dans le bon sens. J'avais plus de popularité et plus d'influence moi-même. Pourquoi ? Je ne sais pas trop. J'étais appréciée aussi bien par les gens biens que par les gens un peu plus rebelles. J'étais appréciée par les profs au vu de mes résultats et de mon bon comportement. Cependant, ceux qui nous connaissaient ma meilleure amie et moi, savaient qu'on était vraiment des filles pleines de surprises et qui ne se laissaient absolument pas faire. On était pleines de ressource, pleines d'idées, on faisait un peu les folles, surtout elle, ce qui m'avait permis de beaucoup me décoincer. Parce que c'était peut-être ça qui gênait en primaire, j'étais la petite fille sans tâches. Je faisais attention à tout, je ne disais jamais de mauvaises choses et j'étais très discrète. J'étais la petite fille à laquelle on faisait des tâches. Pourquoi ? Je ne sais pas. Il m'arrive de recroiser la fille actrice de tous mes maux de primaires. Et je m'en fous un peu d'elle. Je ne m'intéresse pas vraiment à ce qu'elle fait, ni à ce qu'elle devient. Quand je la croise, je sens qu'elle a changé, mais ça ne me fait ni chaud ni froid. Elle avait été une amie très proche avant qu'elle ne décide de s'en prendre aussi fiévreusement à moi. C'est tout. C'est tout ce que je retiens. 

Le collège, c'était la période la plus riche de mon histoire personnelle. Si je pouvais raconter toutes nos aventures, je n'en finirais pas. Il y a celles dont je suis fière, et celles dont je ne parlerai peut-être jamais mais auxquelles je ne pense jamais sans en être morte de rire ou même complètement honteuse... Enfin, ce sont les anecdotes qui nous ont permis de nous découvrir nous-mêmes. J'ai eu l'impression de tout perdre en entrant au lycée et en laissant ma meilleure amie partir pour l'étranger. Mais je n'aurais jamais dû penser tout ça. J'aurais dû continuer à m'épanouir, avec ou sans elle, sans regrets. Parce qu'au final, aujourd'hui, c'est sans regrets que je repense à tout ce que j'ai traversé durant toutes ces années. J'y pense toujours avec un sourire aux lèvres. Même pour les parties les plus sombres de mon histoire. 

Samantha, elle, fait partie de l'ombre et de la lumière. Il y a toujours des choses qu'on aurait voulu changer. Il y a toujours des choses dont on n'est pas fier. Mais toutes ces choses ne sont pas là sans raison et le plus raisonnable est d'accepter le fait qu'elles aient trouvé leur place, à un moment donné, à un endroit donné, dans notre histoire personnelle. 

Samantha fait partie de la lumière. 

Samantha fait partie de l'ombre. 

L'ombre, c'est en fait l'incompréhension. C'est l'inconnu. C'est ce que je ne sais pas, ce que j'ignore. C'est ce qui m'a le plus fait souffrir lors de ces 4 années de collège. C'est la période qui m'a fait me perdre un tant soit peu, au point de risquer ma meilleure amie et de me risquer moi-même. 

Je ne sais pas, c'est un enchainement d'événements. Tout est enchevêtré au point de ne plus savoir ce par quoi ça avait commencé. 

Samantha, c'est mon amie d'enfance. C'était l'amie d'enfance de tout le monde. Elle avait peut-être un peu changé sans que personne ne s'en rende vraiment compte. Elle était passé de la lumière à l'ombre. Sans que personne ne l'ait vraiment vu faire. 

C'est elle que j'avais croisé un jour de classe alors que j'allais vers le collège. Elle, elle marchait d'un pas décidé à contre-sens. Je ne m'étais pas posé de question, je ne m'en posais pas vraiment, les gens faisaient ce qu'ils voulaient et je ne jugeais jamais, je n'avais pas cette capacité. Ce n'est qu'après coup que j'ai su. M'enfin, moi, j'avais maths, et j'allais en cours, c'est tout. Je l'ai croisée, je lui ai souri, elle m'a rendu ce sourire en un éclair, mais elle avait l'oeil sombre et une amie à elle lui emboitait le pas en tentant tant bien que mal de rester à sa hauteur. 

Je ne sais pas si son amie savait quelque chose où non. 

Moi j'allais en maths ce jour là, c'est tout. Un 22 janvier, un mardi je crois bien. 

Mais bon, en maths, j'étais pas vraiment concentrée. Je m'adonnais à l'écriture d'un poème. Un poème vraiment noir, pour une fois. Pas très joyeux. Et puis j'étais rentrée chez moi. 

Le lendemain, ma meilleure amie m'avait dit qu'elle avait quelque chose d'important à me dire. Mais après le cours de musique. Que c'était vraiment important. Ca m'avait inquiété. Mais j'ai attendu sans lui poser de questions. Et elle nous l'a annoncé à moi et à d'autres filles qui avaient aussi Samantha comme proche amie, grande amie d'enfance. 

Samantha était la lumière. Elle était l'amie de tout le monde. Tout le monde l'appréciait. 

Et puis elle était passé à l'ombre sans que personne ne s'en rende compte. 

Ca me fait vraiment mal quand je me dis que j'ai vu son dernier regard, ce mardi 22 janvier. J'ai vu son dernier regard. Elle allait simplement accueillir la mort et l'accepter, comme une vieille amie. Elle y allait d'un pas tellement décidé que je sais que personne n'aurait rien pu faire. 

C'est ce que l'une de nos profs nous avait dit dans les jours qui suivirent. Cette prof, elle avait une opinion sur tout plein d'autres types de problèmes. Elle nous parlait de l'anorexie, elle nous parlait de la maladie, elle nous parlait de la souffrance. Pourtant, c'était une prof d'allemand. Elle nous avait dit, à propos de Samantha que, vous savez, quand une personne a vraiment envie de mourir, plus rien ne peut l'arrêter. 

Ca m'avait effrayée. Je n'ai pas pu en dormir pendant une longue période. J'étais dans la première période "noire" de ma vie. Je pense que je me suis perdue plus où moins à partir de ce jour. J'écris souvent à propos de Samantha. J'écris souvent un petit quelque chose à propos de cette période de ma vie. J'écris toujours comme si ces moments appartenaient à mon histoire. Mais c'est comme ça que je le vis. C'est comme ça que je l'ai vécu. C'est l'unique façon que j'ai pour en parler. Simplement raconter à la première personne. 

Mais Samantha, elle appartenait à la vie de plein d'autres personnes. Elle était la lumière pour sa mère, pour ses nombreuses amies d'enfance. Et puis ensuite, elle était devenue l'ombre pour moi, et pour d'autres de ses amies. Parce qu'on ne savait plus ce qu'elle devenait. Parce qu'on ne la croisait plus aussi souvent. Je ne suis pas curieuse au point de vouloir retracer les raisons de son suicide. Au départ, peut-être que je souhaitais le savoir. Aujourd'hui, non, c'est un secret qui est enfouis dans sa propre histoire. Samantha n'appartenait plus vraiment à ma vie et je n'ai aucun droit sur ce genre d'informations. J'ose espérer que sa décision aura vraiment été "la bonne". C'est horrible de dire ça, mais que dire d'autre ? La mort, quand on se la donne, c'est quelque chose qui doit être terriblement complexe à étudier. Ne plus avoir d'autre issue du tout, vous imaginez ? Vivre l'enfer sur terre, ou que sais-je. Ca doit être terrible. Ca doit être effrayant. Ou peut-être réconfortant ? Je ne sais pas. Elle a laissé un bon nombre de personnes derrière elle. Et je ne sais pas quoi en dire de plus. 

Mais elle aura vécu en étant la lumière de beaucoup de personnes, aussi. Elle aura été ma lumière à moi. Et elle continue de vivre dans les pensées de toutes les personnes qui l'ont un jour croisée. 

Ca fait tellement longtemps et je n'ai pourtant jamais autant écrit à propos d'elle. J'ai intégré un bout de son histoire à la mienne. Je me souviens surtout de tout ces moments de bonheur qu'on avait ensemble. Penser à elle dans les années qui ont suivi me fait un peu peur. Peut-être parce que j'ai l'impression qu'une force bien supérieure s'est emparée d'elle. Et ne l'a plus lâchée jusqu'à son dernier souffle. Peut-être que j'en ai peur. 

Y a plein de choses qui me font peur, comme ça. Toutes ces choses qui donnent l'impression de venir de quelque part d'inaccessible. De l'inconnu. Une force qui saisit les gens comme ça, tout d'un coup. Mais, aujourd'hui, j'deviens peu à peu quelqu'un qui se prédestine à aider les gens saisis par ce genre de force. Ce genre de force qui leur coupe le souffle à un moment donné. Et qui viennent nous voir ou qui se retrouvent chez nous pour qu'on fasse quelque chose à ce propos. C'est une énorme responsabilité et je m'en rend d'autant plus compte que j'ai l'impression d'avoir vécu l'envers du décor avec l'histoire de Samantha. Parce que le drame dans tout ça, c'est que je ne peux m'empêcher de m'imaginer la tournure des événements, une fois qu'elle a franchit le seuil de sa porte, en ce 22 janvier. C'est l'inconnu que je risque de rencontrer. Que je vais rencontrer, au courant de mes études médicales. C'est la face cachée de la lune, tout ce qu'on ne voit pas vraiment quand on est "civil". 
C'est ce qui risque d'hanter bon nombre de mes nuits. 

samedi 4 janvier 2014

Fin des terreurs nocturnes ?


En relisant certains passages de mon blog --je ne sais jamais si une chose en vaut vraiment le coup, et ceci étant également valable pour mes activités bloguesques, je me sens parfois dans le besoin de vérifier l'utilité des choses que je fais souvent, ce qui explique aussi pourquoi je réorganise si souvent ma chambre etc etc... j'aime bien ranger ma vie, ce qui ne signifie pas que j'aime la routine, mais plutôt que chaque chose qui se produit a besoin de trouver sa place dans ma vie et ne pas être fourrée dans un sac que je tire derrière moi...-- je me suis rendue compte d'une petite chose que j'avais plus ou moins oubliée au vu de l'état actuel des choses. 

Je me suis rendue compte que je ne faisais plus de cauchemars. Et que mon sommeil n'était même plus agité. Il était même plutôt lourd, maintenant, et très réparateur, je me sens revigorée chaque matin et me tirer de mon lit est devenu une tâche extrêmement difficile. 

Pourtant, il y a quelques semaines encore, je m'en plaignais, de ces nuits cauchemardesques, courtes, et terriblement épuisantes. Je ne m'en plaignais d'ailleurs pas seulement sur mon blog, mais également auprès de mes proches, surtout concernant le fait que mes cauchemars étaient particulièrement effrayants. Et puis parfois je dormais particulièrement mal et je n'avais aucun souvenir de ce qu'il s'était passé dans mon sommeil. Au point de penser que je n'avais pas dormi. Mais que ce soit dans un cas où dans l'autre, le même sentiment affligeant m'habitait au réveil. 

Je décrivais ça quand même de manière assez explicite, je disais que c'était même carrément flippant, du genre vivre du paranormal activity la nuit, ne plus du tout profiter de mon sommeil, et puis être en mode "choquée" toute la journée qui suivait. 

Je me souviens même avoir regardé sur le net comment faire pour dormir paisiblement parce que ça me dérangeait tellement que je n'osais plus vraiment aller dormir.

Une terreur nocturne est une parasomnie consistant en un trouble paroxystique et spectaculaire du sommeil survenant en début de nuit et en phase de sommeil lent profond. Le sujet a ensuite une amnésie complète de l'épisode. La terreur nocturne se rapproche du somnambulisme. Cependant, elle est très différente du cauchemar qui survient plutôt en fin de nuit, en phase de sommeil paradoxal et dont le sujet garde le souvenir.

J'avoue que je ne sais toujours pas si c'était un mélange de cauchemars et de terreurs nocturnes, ou si c'était juste le premier. Et puis j'ignore également pourquoi j'étais poursuivie par ces cauchemars durant toute cette période là. Je sais pas. 

Toujours est-il que c'est le calme après la tempête. Un calme récent, un peu sources de questionnements parce que je ne sais pas non plus d'où me vient ce soudain bien-être, tout est subconscient, n'est-ce pas. Mais un calme agréable ; je pense que je n'ai jamais autant apprécié dormir dans mon lit.